
mots de janvier
1er janvier 2026
Entourée de livres
déposés sur mon lit,
commencer l’année
au milieu des pages
des sons des images
que font naître les mots
Commencer l’année entourée de livres : À l’ombre des jeunes filles en fleurs pour resituer le début, L’Iliade pour recopier le début du chant 24, Les forces de Laura Vazquez pour savoir si ce sera le prochain livre que je lirai, Le tango de Satan de Krasznahorkai pour en sentir l’ambiance, le Kokin Waka Shu pour lire quelques poèmes et le Yi Jing pour m’imprégner des hexagrammes 43 et 58.
2 et 3 janvier 2026
Je travaille sur les séquences sous-marines du Puits des Mémoires, mots, phrases, syncopes, enroulements… comme si en plongée je récoltais des fragments de matière pour reconstituer des fonds marins.
Noah repart pour Lyon bien chargé avec S qui l’accompagne à la gare. Face à face sur la grande table, Alice et moi, nous faisons bibliothèque comme nous disons : à défaut de trouver une bibliothèque aux horaires satisfaisants pour nous accueillir, nous faisons ensemble notre propre bibliothèque de travail et cela fonctionne plutôt bien, concentration et silence.
4 janvier 2026
De longues fougères translucides derrière lesquelles apparait un visage de poisson.
Un long travail sous-marin pour K.
Quelque chose de lourd sur mon cœur en ce début d’année dès que j’arrête de travailler sans savoir pourquoi ni comment. Aller marcher au parc, marcher dans le froid, se délester de soi, laissant les pensées glisser à la surface.
“et chacun cherche à se fuir, et personne n’y parvient, on reste prisonnier d’un moi que l’on déteste.” (Lucrèce cité par Laura Vazquez)
5 janvier 2026
Il neige. Une couche de poudreuse recouvre les jardins, les rues, les voitures.
C’est ce passage qui m’a fait vraiment entrer dans la lecture des Forces de Laura Vazquez : “… mon père et ma mère étaient, sont et seront, des personnes normales, et mon enfance fut normale. Mes parents étaient d’accord avec le monde et l’accord général, ils en faisaient le leur. Aussi ils trouvaient beau ce qu’il convient de trouver beau, comme une vue sur la mer depuis un immeuble moderne avec balcon, un jour de soleil. Ils trouvaient laid ce qu’il convient de trouver laid, comme une mare boueuse en bord de route dans une zone industrielle un jour de pluie. […] Toutefois, une mare boueuse en bord de route, dans une zone industrielle un jour de pluie reflète le ciel et ses mouvements forment une vérité. La mare boueuse en bord de route dans une zone industrielle un jour de pluie est une grâce, et quelques fois la vue sur la mer depuis un immeuble moderne, un jour de grand soleil, donne envie de mourir.” Les forces, page 14.
6 janvier 2026
Pour une fois le parc est ouvert un jour de neige. Nous allons nous y promener Alice et moi. Des gardiens doivent veiller aux risques de chutes nombreux avec toutes les pentes et les chemins glacés car on entend de nombreux coups de sifflet. Des gens font de la luge. La nuit tombe, c’est un enchantement. La neige s’est cristallisée dans les anfractuosités des rochers sous la gloriette. Nous marchons au bord du lac qui est gelé et des promeneurs glissent sur sa surface. Une jeune femme arrive avec des patins. Les troncs sombres se détachent dans la blancheur, tout est magnifié par la neige. Apaisement et excitation. Tu ne trouves pas que ça peut rendre fou ? Nous décidons de prendre la grande montée. Nous n’arriverons pas en haut, la pente est gelée. Même en nous accrochant à une rambarde de corde, nous n’avançons plus. Je tombe brusquement sur la glace. Finalement nous coupons en grimpant entre des arbres où la neige épaisse donne un appui à nos pas.
8 janvier 2026
En sortant de mon cours d’italien, je reste un moment la tête levée vers le sommet d’un immeuble de la Place des Fêtes. “Tu comptes les étages ?” Valeria notre prof m’a rejoint. Oui je compte les étages, je ne lui dis pas que c’est pour le K282, l’immeuble où habite Le Gardien dans K. Nous faisons un bout de chemin ensemble. Je m’arrête pour acheter des fruits au Biocoop. Il est fermé, les salarié.s sont en grève contre leur management défaillant et toxique. Je parle un moment avec une gréviste.
L’aïkido reprend enfin après une (trop) longue pause de fêtes, c’est une joie de retrouver le dojo.
9 janvier 2026
J’ai terminé Les forces dans un grand sentiment de terre et d’amour-plénitude. Il est question p.229 du chant 8 de L’Odyssée que je commencerai demain… tout se parle, tout se répond. Je note le passage en question dans mon cahier K., il y est question de récit dans le récit, du nœud de la structure, qui me fait penser à la spirale que je cherche pour K.
10 janvier 2026
Hier soir sur une impulsion je me suis inscrite à l’atelier d’écriture de Laura Vazquez alors que nous allions dîner chez Imor. J’y pensais depuis quelques mois déjà, mais là c’était devenue une nécessité impérieuse sans que j’ai résolu la question que je me pose depuis des mois : est-ce que j’aurais le temps p/r à l’écriture de K. En même temps, j’ai besoin aussi d’une respiration. J’ai énormément aimé la fin des Forces (alors qu’il est arrivé assez souvent que la fin de roman me déçoive) cet enfouissement dans la Terre, tiède et accueillante comme pour une nouvelle naissance.
12 janvier 2026
Finalement j’ai commencé à lire Poétique d’Aristote au lieu de me lancer tout de suite dans L’Odyssée. Le voir parmi les livres d’Alice m’a donné envie de le parcourir et de fil en aiguille… Cela fait longtemps que je n’ai pas lu de philo, et c’est un bienfait organique, j’ai la sensation de nourrir aussi bien mon corps que mon esprit. Je prends des notes, je recopie des passages. Bien sûr il y est souvent question de L’Iliade et de L’Odyssée mais aussi de nombreux poètes peu connus (de moi en tout cas) et la mise en contexte requiert vraiment la lecture des quelque trois cents notes à la fin du livre.
16 janvier 2026
Nous avons rendez-vous Alice et moi rue Mazarine pour manger des ramen et fêter ainsi la fin de ses examens. Dans la file d’attente, nous tombons sur Marc. Alice le reconnait tout de suite mais pas moi, je me demande qui est ce type avec son bonnet et l’air bizarre qu’il prend en se postant tout près devant moi. On en rit bien.
17 janvier 2026
C’est l’assemblée générale de notre association d’aïkido. Je retrouve avec plaisir S. que je n’avais pas vu depuis longtemps. Elle n’a plus le temps de venir pratiquer avec ses deux enfants encore en bas âge. Notre président va quitter Paris pour Nantes et nous recherchons activement un.e président.e. J’ai été touchée que plusieurs personnes, plusieurs profs me demandent d’être présidente, mais je n’aurai pas assez de temps, je veux me consacrer à K. Il est décidé de se donner deux mois supplémentaires pour trouver un.e président.e car une association ne peut exister sans président.e
18 janvier 2026
Des nuages fabuleux se déploient dans le ciel. Nous avons la chance de voir de notre séjour une large portion de ciel, la chance rare à Paris d’être en face d’une trouée qui ouvre sur un jardin avec des arbres. Maintenant à chaque fois que je vois le ciel chargé de nuages et c’est souvent le cas le soir, je pense à l’Amasseur de nuages.
19 janvier 2026
L’exposition de l’œuvre de Gerhard Richter, impressionnante, nous émerveille. Plus de deux cents tableaux portant sur une période de création de soixante années sont exposés à la Fondation Vuitton. Je ne connaissais Richter qu’à travers le tableau du tigre que j’avais choisi pour illustrer un des textes écrit pour K. lors d’un atelier du tiers livre, un texte que j’aime beaucoup et qui a enclanché le désir d’écrire un livre, de faire de K. non plus seulement un univers mais aussi un livre. Je trouve incroyable que Richter ait pu passer de sa première période figurative, “réaliste”, de peintures d’après photos avec ce brossé flou, ce travail de mémoire et d’effacement à sa période abstraite, qui semble beaucoup plus joyeuse. J’achète une revue pour me rappeler ses œuvres.
20 janvier 2026
Je bloque sur l’écriture du chapitre 5 et je décide de travailler en parallèle sur les chapitres 6 et 7 pour lesquels j’ai déjà de la matière et des bribes d’idées.
J’accompagne Alice chez le chirurgien dentiste qui doit lui extraire deux dents de sagesse. Elle est légèrement stressée, n’ayant jamais eu d’opération avant. Je la rassure de mon mieux. Je l’attends dans une belle salle d’attente, nous sommes dans les beaux quartiers. Matt vient nous chercher en voiture lorsqu’elle sort de l’opération. Nous mettons beaucoup de temps à rentrer.
21 janvier 2026
Nous allons voir l’exposition du peintre finlandais Pekka Halonen au Petit Palais. C’est une œuvre et une vie tout entières immergées dans la nature, au bord du lac Tuusula où il vécut avec sa femme, pianiste, et leurs huit enfants. Au bord de ce même lac, d’autres artistes, peintres et musiciens, se sont installés et cette petite communauté vivait dans la simplicité et l’autonomie alimentaire. Les peintures de neige sont splendides et les vingt-neuf mots exprimant différentes qualités de neuge affichés sur les murs sont également très beaux. Par exemple, Ajolumi qui signifie Neige soufflée ou Lumikido qui veut dire Cristal de neige. Il existe paraît-il cinquante mots pour exprimer la neige et la glace dans leurs différents états. J’ai photographié les mots qui m’ont autant fasciné que les tableaux.
Nous allons à la maison de la poésie écouter Ryoko Sekiguchi présenter son nouveau livre, Venise, millefleurs. Elle a construit son livre autour de l’herbier constitué au XIXème siècle par Ilaria une vénitienne. Ryoko a préparé pour chaque participant.e une plante qu’elle a elle-même cueillie à Venise et séchée durant ces derniers mois, chacune présentée dans un étui en papier calque. Je garde précieusement les deux fragments d’herbier qui nous ont été remis à Matt et moi.
24 janvier 2026
J’ai commencé à recenser et à agrandir la structure du K282, l’immeuble où vivent Le Gardien et Sia, mais qui avec ses huit étages et ses quinze habitants mentionnés semblaient bien petit pour un immeuble d’habitation d’une ville comme K. La nouvelle structure fera donc vingt-et-un étages et je la peuplerai d’une trentaine d’habitants supplémentaires. Ce n’est pas une recension exhaustive comme dans La vie mode d’emploi, car il ne s’agit pas ici d’épuiser le réel mais de créer un effet de réel sans le singer.
25 janvier 2026
Alice repart dans le Sud Ouest. Elle est restée plus d’un mois avec nous et je suis étonnée que nous ayons pu si bien travailler face à face en faisant bibliothèque.
Je vais au stage de mon club animé par Robert Dalessandro, un sensei 7ème dan dont j’entends parler depuis si longtemps. Cécile et moi nous nous sommes proposées pour nous occuper des inscriptions. Ce qui est impressionnant dans la pratique de Robert Dalessandro c’est de voir comment lorsqu’un uke vient l’attaquer, par exemple avec une saisie au poignet, celui-ci est immédiatement déséquilibré rien que par le placement de RD. Il est question de “lâcher” au lieu de réagir et ensuite d’entrer dans le déséquilibre de l’autre.
26 janvier 2026
Les arbres en hiver me fascinent, leur tronc, les courbes de leurs branches dénudées. Je prends beaucoup de photos lors de mes promenades au parc en fin de journée. Des photos que je je travaille avec la fonction Bords de mon téléphone et qui donne des images comme des dessins.
28 et 29 janvier 2026
Journées de grand doute sur l’écriture, sur mon écriture, sur mon projet K. On s’approche de février et je n’ai pas fini le chapitre 5. J’ai commencé à travailler aussi sur les 6 et 7 pour ne pas rester bloquée sur la trame du 5 mais malgré cela j’ai très peur de ne pas atteindre mon objectif de finir le premier jet de K. en 2026. Il faut que je trouve d’autres façons de travailler, refaire des maps qui me donnent une vision globale et plus dynamique à la fois de l’ensemble et du travail en cours.
31 janvier 2026
J’avais tant de carnets
J’ai toujours tant de carnets
Des carnets remplis
Des carnets entamés
J’achetais encore de nouveaux carnets
Chaque carnet avait sa destination
Je commençais à écrire dans les nouveaux carnets
Je recommençais la vie
Comme enfant quand je disais j’efface tout et je recommence
Mais tout ne s’efface pas
Tout reste lourd au fond du puits
Aujourd’hui j’ai aperçu un des hérons perché sur son nid au sommet du grand cèdre dans les feuillages duquel je l’ai vu si souvent disparaître puis s’élancer de nouveau. Du chemin qui surplombe le lac, on voit mieux la cime des grands arbres en contrebas et c’est ainsi que j’ai vu le héron dressé sur son nid.


























