
j’aimais l’été
J’aimais l’été. Je me sentais vivante, tellement vivante. J’attendais l’été, j’espérais l’été. Encore l’été dernier, je n’imaginais pas qu’un jour j’écrirais j’aimais l’été en pensant à un présent qui ne reviendrait pas. Pourtant l’été j’ai souvent eu peur qu’il n’arrive malheur aux gens que j’aime. Aujourd’hui je suis un chat tranquille dans une gare. Je regarde les gens passer, porter leurs valises, attendre. La douceur de certains personnes me déconcerte. L’été 2016 j’avais déjà fait cette expérience de l’autoportrait dans l’atelier de François Bon. Je pourrais réécrire presque à l’identique quelques-unes phrases écrites alors. Mais il y a dix ans je n’avais encore lu aucun livre de Clarice Lispector. La première fois que j’ai lu La passion selon G.H. j’étais tellement troublée que j’ai oublié le livre dans le train en arrivant à Paris. Je me suis longtemps demandé qui l’avait retrouvé et si iel l’avait aimé autant que moi. Il y a dix ans je ne connaissais pas Juan José Saer. J’ai trouvé L’Ancêtre sur un trottoir, j’aurais juré que le livre m’attendait. Ma vie est plus intéressante depuis que je lis les livres de Juan José Saer. Je viens de commencer L’occasion dans le train Malmö-Stockholm. Nous traversons des forêts qui entourent des lacs. À côté deux femmes, une trentenaire et une soixantenaire ont bu une coupe de champagne. Elles ont l’air très heureuses. Je n’ai pas encore réussi à déterminer si elles étaient parentes ou collègues. Il y a dix ans je ne savais pas que l’aïkido prendrait tant de place dans ma vie. Que sa pratique deviendrait pour moi un contrepoint indispensable à l’action d’écrire. J’aime chuter (sur autour du centre. J’aime sentir l’énergie vibrer en moi. l’ai relu l’Autoportrait d’Édouard Levé, du moins l’extrait. Je trouve ce texte extrêmement angoissant tout en n’étant pas insensible à son humour. Mais peut-être que chaque texte où un Je s’érige sur le fil du rasoir est angoissant. Le Je avec lequel Clarice sculpte ses phrases ne me provoque pas la même tension. C’est une arête coupante et pure, un outil qui creuse la matière soi, la sensibilité sienne, pour affiner et approfondir une connaissance du monde. Un tel Je peut être un outil fécond pour chacun.e d’entre nous.