impressions de voyage
« J’aurais voulu écrire des impressions de lieux, non pas mes impressions de ces lieux mais ce qu’un jardin inconnu, un mur de pierres sèches, la rumeur de la mer ou du vent dans les eucalyptus pouvait inscrire sur cette étrange matière moi, une fois celle-ci dépaysée, délocalisée. »
Chaque fois je me fais la même promesse que je ne tiens jamais mais cette fois… cette fois non plus je ne tiendrai pas de journal de voyage et au bout de deux jours je cesserai de prendre des notes, ou alors juste quelques mots sur le téléphone, peut-être sur un carnet, des mots-repères chargés de condenser l’instant singulier, puis je cesserai, les photos me tiendront à peine lieu de notes et je perdrai la substance de la sensation fugace et nouvelle éprouvée dans la confrontation à l’inconnu. J’aurais voulu écrire des impressions de lieux, non pas mes impressions de ces lieux mais ce qu’un jardin inconnu, un mur de pierres sèches face à une montagne, la rumeur de la mer ou du vent dans les eucalyptus pouvait inscrire sur cette étrange matière moi, une fois celle-ci dépaysée, délocalisée, peut-être même déterritorialisée. Sans parler des villes, des regards, des visages et des corps croisés ou observés plus longuement dans les lieux où je deviens invisible et peux contempler les autres tout à loisir. Pourtant je me laisse croire que cette substance fugace ne se sera pas dissipée entièrement mais qu’elle se sera inscrite en moi, qu’elle m’imprègnera secrètement et qu’elle ressurgira peut-être plus tard à la faveur de quelque chose comme une madeleine, quelque chose qui à cet instant-là pourra être saisi par l’écriture.