chaque jour est une nuit magnifique
Et si je posais vingt-et-une questions ?
Et si je me posais vingt-et-une questions ?
Et si chacune de ses vingt-et-une questions étaient subdivisées en vingt-et-une sous-questions ?
Et si chacune de ces vingt-et-une sous-questions était à son tour…
Pourquoi faut-il qu’immédiatement tout se ramifie ? Nous verrons-nous à Buenos Aires ?
Et pourquoi l’infini nous est-il donné comme un pressentiment ? Vous n’avez pas reçu ma lettre ?
Est-ce que je serais vraiment capable de me poser neuf mille deux cent soixante et une sous-sous-questions ? Qu’en est-il de vous ? Et de vos méditations ? Et comment ne pas croire à nos pressentiments ?
Mais si je m’intéressais plutôt à mes semelles ? Je t’aide à enlever tes bottes ? Est-il vrai que je les regarde souvent ? que je les nettoie, que j’extirpe les gravillons qui s’y incrustent ? Pourquoi y aurait-il tromperie ? Est-ce qu’il reste dans la mémoire de mes semelles des brindilles, des brisures de feuilles d’une forêt bourguignonne ? Comment pourrait-il en être autrement ? Est-ce qu’il reste aussi dans leurs souvenirs comme un bruissement d’herbe mouillée ?
Et quand j’étais pieds nus ?
Tu es restée au lit ? Toute la journée ?
Pourquoi ma vie adulte n’a pas apporté de réponses aux questions que je me répétais dans l’enfance ? est-on libre ou prisonnière sur une île ? qu’est-ce qui fait qu’on est soi et pas une autre ? pourquoi toi qui n’es pas moi tu dis aussi moi à l’intérieur de toi ?
Et cette ombre dans l’obscurité ? Pourquoi même dans le noir, il y a des formes plus sombres ? Tu dormais ? Et ce poids sur la gorge ? Est-ce qu’il y a une densité particulière du mal ? Il t’a fait quelque chose ? Pourquoi n’ai-je pas pu faire la lumière ? Pourquoi suis-je si certaine alors que mon souvenir est flou ? Combien de fois ? Tu as pu le voir ? Pourquoi, comment un homme devient-il un prédateur ?