Guetter ses proies à la tombée de la NUIT quand le soleil s’éclipse quand sous
les ronces rampe toute une vie grouillante qui s’achemine vers les clairières
NUIT j’aime l’incertitude entre chien et loup quand le jour s’immobilise avant
la NUIT quand les iguanes descendent vers le fleuve je me terre au pied des
arbres comme racine noueuse quand la NUIT monte sous les arbres je fige
mon sang NUIT de l’iguane visage syncopé d’Ava quand l’alcool brûle les veines
pour que la NUIT tourbillonne festin de danses et rêves ébauchés suis-moi dans
ma NIGHT ma NUIT exubérante ou ma NUIT opaque percluse NUIT sans écho
sans plus pouvoir ÉCRIRE la NUIT ne veut plus de moi le fleuve ÉCRIRE ne circule
plus NUIT ai rêvé d’un boa restrictor NUIT il serrait ma poitrine m’étouffait NUIT
il m’a avalée NUIT des forêts primaires NUIT plongée dans mémoire archaïque
NUIT retourner dans les grottes avant la NUIT de nulle lune NUIT des craquements
de branches NUIT aux froissements indistincts NUIT des chamans muets NUIT
on ne sait rien du feu NUIT peur à l’état brut NUIT du guetteur NUIT ni love ni hate
seulement la faim NUIT ma vision infrarouge NUIT elles viennent à moi sans crainte
NUIT cette curieuse racine terreuse NUIT je les attends mes proies NUIT je déroute
leur instinct NUIT de la dévoration NUIT quand il est trop tard NUIT

 

Ecrit pour l’atelier d’été de François Bon “Pousser la langue“, proposition #2